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Lettre à ma fille

Publié le 17-09-2012
Lettre à ma fille
Comment pourrais-je vous décrire la souffrance des touches de mon clavier ?

Cet  élancement est du à mon acharnement à frapper dessus, sans pitié pour commenter, rédiger des articles et publier sans arrêt sur les pages magiques de l’outil que la modernité à mis entre les mains. Ces petits carreaux en plastique s’affolent aussitôt  qu’elles flairent l’approche  des phalanges de mes majeurs.

Cet emballement vivace  est  lié à l’actualité rigolote, aux  balourdises de ce gouvernement, de ce regroupement  d’incapables, handicapés politiquement, issus des cavernes d’antan, stériles comme l’a dit : Gibran Khalil Gibran « Un arbre qui grandit dans une caverne ne porte pas de fruits ».
 
Comme c’est bizarre !
Je m’apitoie sur le sort d’une matière insensible à la frappe, qui se moque de mes sentiments, ne comprend en rien le sens de mes mots et maux et pourtant, il y a des âmes qui souffrent réellement à qui on n’accorde nulle importance signifiant-signifié,  ni de soutien enthousiaste, ni  même un geste lénifiant et rassurant. Cette frange de tunisiens est au bord du désespoir, inquiète abasourdie,  envahie d’un effroi, on dirait qu’elle l’a eu en tétée. Elle est comme une girouette, coq grinçant au dessus d’un pavillon, affrontée aux forces du vent, un vent chargé de déclarations absurdes et immondes émanant de certains soi-disant responsables politiques  assoiffés de pouvoir, remplis de haine et de vengeance sur le passé, qui veulent coûte que coûte rattraper le temps perdus dans les geôles des anciens régimes. Ils veulent faire payer leurs compatriotes qui sont restés à l’extérieur des pénitenciers chèrement leur peine endurcie par les années passées dans l’isolement bien que,  ces derniers n’y étaient nullement pour rien. Ces gens qui revendiquent l’emprisonnement n’étaient pas missionnés par le peuple. Ils n’avaient aucune procuration, ni écrite ni morale d’agir comme ils l’ont fait. Ils avaient un seul but, une seule visée, l’accession aux plus hautes  sphères de l’Etat, la prise du pouvoir de gré ou de force, le renversement du régime pour instaurer un autre d’un genre théocratique, fondamentaliste. Une « démocrature » obscurantiste qui ramènerait le pays à des années lumières.
 
A chaque fois que j’ai ma fille au bout du fil (sans fil des deux cotés) je sens l’appréhension et l’anxiété au fond de sa gorge, je la trouve médusée, déboussolée, prise de craintes, non pour son avenir, mais pour celui de sa fille. Elle ne sait pas où va le monde ou plus précisément où va la Tunisie. Désorientée, elle ne cesse de ressasser les mêmes phrases surtout, quand des événements tragiques se produisent.
Vers quel horizon devra-elle  jeter son regard ?
Comment assurer l’avenir de son foyer et celui de la perle de ses yeux ?
Quitter le pays ?
Elle en a la possibilité ou pour dire autrement l’avantage par rapport aux autres tunisiens. Elle peut retourner  à son lieu de naissance (bercail). La Tunisie n’est que la terre natale de ses parents et de ses aïeux bien qu’elle la considère comme sa vraie patrie.
 
Sur ce bout de la planète elle n’est pas la seule alors qu’elle m’est unique, à subir les déboires et les exactions de ce gouvernement et de ce régime ce que je ne cesse de lui rappeler. Par égoïsme et amour-propre j’oublie parfois de penser à tout l’entourage, au reste des malheureux,  je la rejoins dans son égotisme.
 
C’est un vrai dilemme. Je lutte modestement et selon mes possibilités, à ma manière en me joignant à une cause commune, la cause d’un peuple dont son avenir dépend. Je tente malgré tout de donner, d’éclairer, de rassurer et d’aider mon prochain.
 
Francis Bacon a dit «  La lumière ne peut briller qu’en présence de l’obscurité » 
 
Par tous les moyens qui me sont possibles, je ferai de sorte que Toute la Tunisie soit bien éclairée afin que leur soi-disant lumière « obscure » n’atteigne mes chers compatriotes.
 
Je suivrai Dylan Thomas, je prendrai sa diction comme un ordre « Lutte ! Rallume cette lumière qui s’est éteinte » Avec un seul espoir qu’elle ne s’éteindra jamais.
 
A toi ma fille, à vous mes petits-enfants, à travers vous je m'adresse à tous ceux qui subissent les altérations du moment, vous n’êtes pas sur une ile isolée menacés de toutes parts, la gourde vide, sans nourriture et sans abri. Vous faites partie d’un Peuple mûr, mûri par des civilisations, un Peuple raisonné, sûr de sa marche, intransigeant sur ses acquis, un Peuple qui voit son avenir tout en couleurs.  « Rêve ta vie en couleur, c'est le secret du bonheur » a dit un jour Walt Disney.
 
Cette missive ne vous protègera pas des intempéries. Elle ne vous réconfortera peut être pas, ne vous rassurera pas, mais, vous prouvera que quelqu'un qui sait assurément et certainement qu’il n’est pas le seul à le faire tente de vous protéger à sa manière en martelant ces foutues touches du clavier.
 
Dernière citation : « Même sans espoir, la lutte est encore un espoir ». Romain Rolland. 
 

CHAHED YOUSSEF  Paris le 16 Septembre 2012

Cet article est proposé par : Youssef CHAHED

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