L'automutilation consiste comme son nom l'indique à se blesser soi-même. La blessure physique est faite intentionnellement avec toujours l’intention de se faire mal.
Si vous n’avez aucune idée de la problématique, essayez de taper le mot « automutilation » dans « Google image » ou dans tout autre moteur de recherche… et vous serez horrifiés (surtout si vous avez des adolescents !!!).
L’adolescence c'est le temps des changements, c’est le temps des conduites à risques, de la recherche de ses propres limites, des bagarres, des sports dangereux, de la découverte de l’alcool, de la cigarette… Et c'est aussi parfois pour certain(e)s, le temps de l'automutilation.
Même si on n’en parle pas beaucoup, l’automutilation concerne de nombreux adolescents et jeunes adultes, à des degrés divers et peut prendre de nombreuses formes. Certains adolescents vont juste se piquer le bout du doigt pour voir le sang couler, d’autres vont se couper, se brûler, se frapper, se faire des bleus, se griffer, se lacérer avec un cutter ou un compas... ou encore essayer d’empêcher à leurs blessures de se refermer.
Si les blessures physiques que s'imposent les adolescents sont le plus souvent heureusement bénignes elles ont une signification sur plan psychologique puisque comme nous la dit un spécialiste des adolescents, « L’automutilation témoigne toujours d'un mal-être plus ou moins important, voire d'une souffrance réelle. »
En se mutilant, l'adolescent cherche surtout à éprouver son corps, à s'éprouver lui-même et à essayer de connaître et d’atteindre ses limites.
L’automutilation est plus fréquente chez les filles que chez les garçons. En général les garçons extériorisent plus leur mal-être ou leur souffrance alors que les filles se retournent plus rapidement contre elles-mêmes comme on le voit aussi souvent à cette période avec l’anorexie.
L'automutilation commence à 90% aux alentours de l’âge de 14 ans. Elle s'aggrave parfois avec l'âge jusqu'à 20 ans. Plus le temps passe, plus il est difficile de perdre cette « habitude ».
D’après les spécialistes ce type de comportement serait en hausse depuis quelques années.
L'automutilation est un problème sous-estimé et toucherait plus d'un jeune sur dix.
L'adolescent s'impose généralement cette souffrance à l'abri des regards de son entourage, en se cachant dans sa chambre ou la salle de bain.
Ces gestes sont souvent le fruit d'une impulsion, d'une envie soudaine et irrépressible. Mais ils expriment toujours un grand malaise, une souffrance. Il est donc essentiel de ne pas ignorer ces appels à l'aide.
L'automutilation est une marque visible et extérieure de souffrances intérieures.
Pourquoi une personne s’automutile-t-elle ?
Quelle ne fût pas l’effroi de Selma maman d’un adolescent de 14 ans de voir sur ses avant-bras d’énormes tranchées ensanglantées… et celui-ci de lui répondre qu’il s’était fait ça en cours de maths avec son compas par énervement suite à un contrôle raté !!!!
C’est souvent le même type de propos que l’on nous rapporte.
Selon les études et les témoignages, ce qui déclenche le « geste fatidique » c'est que la personne n'est plus en mesure de verbaliser ses émotions ou ne peut pas le faire au moment où elle en a besoin. Ne pouvant pas communiquer alors elle se fait du mal.
Dans beaucoup de cas, la vue du sang apaise, et la douleur n'est pas un élément abordé de manière directe, frontale, mais détournée. La douleur physique devient l'expression d'une douleur intérieure.
Les raisons fondamentales pour lesquelles une personne s’automutile sont souvent complexes et peuvent être difficiles à comprendre. Chaque personne a une raison différente pour s’automutiler à un certain moment.
Une déception amoureuse peut par exemple être à l’origine de ce type de comportement. L’adolescent ne pouvant s’en prendre à l’être aimé et ne pouvant en parler ni à ses amis, ni à sa famille, il se retourne sur lui-même.
C’est ce que nous a confié Karim 16 ans.
Certaines personnes décrivent ressentir des sentiments extrêmes de colère ou d’angoisse juste avant de s’automutiler. D’autres décrivent une absence d’émotion. L’automutilation peut être une manière de supporter ses sentiments et ses émotions en se donnant une impression de contrôle, c’est rarement une punition.
Les raisons les plus fréquemment rencontrées qui poussent les jeunes à l’automutilation sont :
- Une manière d’échapper à un sentiment de vide, de manque ou d’irréel
- Un façon de soulager une colère, une tension physique ou émotionnelle extrême
- La manifestation physique d’une incapacité à exprimer une tension émotionnelle ou physique
- Le sentiment d’avoir mérité d’être puni pour une raison quelconque
- Une sorte de rite de purification du corps en regardant couler son sang couler
Le fait de se blesser, de ressentir une douleur vive, aiguë, libère en fait le jeune des tensions qui l'agitent et le tourmentent. Ce soulagement est bien sûr provisoire voire fugace.
Certains psy vont même plus loin en parlant de symbolique de la peau (barrière entre l’intérieur du corps et le monde extérieur). Par l’automutilation l’adolescent teste la capacité de cette barrière pour savoir s’il est protégé des agressions extérieurs et de ses pulsions intérieures.
D’autres ajoutent aussi que chez les filles il existe une composante inconsciente celle du sang… c’est l’âge des premières règles et le sang qui s'écoule de la blessure témoigne qu'il se passe des choses à l'intérieur du corps.
L’automutilation est bien souvent mal comprise surtout par les parents qui n’arrivent pas à savoir d’où vient ce malaise.
Les personnes qui s’automutilent sont souvent ignorantes des effets de leur automutilation sur leur entourage et nous devons reconnaître que l’automutilation est plus souvent une réaction aux difficultés qu’elles ressentent.
Attention par contre l’automutilation n’est par contre pas :
- Un moyen d’attirer l’attention puisque la majorité des adolescents essayent de cacher leurs blessures et que c’est souvent par hasard que les parents découvrent hébétés des traces sur le corps de leur enfant.
- Une tentative de suicide ratée. La plupart considèrent l’automutilation comme un moyen de rester en vie.
Que faire pour l’aider ?
Même si ce geste est minime, il ne faut le prendre à la légère, il faut réagir tout en essayant d’être compréhensif. C’est de toute façon un signal d’alerte à ne pas ignorer.
Les conseils que l’on retrouve le plus souvent sont :
- Reconnaître et accepter la souffrance et la détresse de la personne sans juger et avec respect
- Offrir compréhension, calme et sens pratique
- Ne pas le prendre personnellement
- Ne pas forcer les choses – accorder sa confiance prend du temps et surtout ne pas donner d’ultimatum
Avant de passer à l’étape psy, il faut en parler avec son enfant. Il faut évaluer la situation pour essayer de comprendre l’origine du mal-être important. Il faut surtout essayer de faire verbaliser son malaise à l’adolescent.
Si vraiment vous sentez que la situation s’enlise ou qu’il récidive alors il est préférable de consulter rapidement un spécialiste.
La plupart des adolescents qui s’automutilent cachent leurs cicatrices par honte, par peur de l’incompréhension... restons vigilant(e)s