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Dépression féminine et violence conjugale

Publié le 14-12-2006
Dépression féminine et violence conjugale
Auteurs R. Ghachem Attia – A. Bouasker – S. Ben Zineb - S. Douki

La violence conjugale, présentée comme étant un agression physique, ou sexuelle, ou les deux à la fois, perpétrée sur le conjoint ou le partenaire, est un grand problème de santé publique dans les pays occidentaux.
 
En Tunisie, la violence conjugale a peu intéressé les recherches médicales et demeure ignorée sinon banalisée.
 
Pour étudier l’ampleur du phénomène dans notre contexte, nous avons effectué une enquête qui s’est déroulée sur 5 mois,  entre Janvier et Mai 2002, auprès de 424 femmes choisies au hasard, parmi les consultantes dans un dispensaire local et d’un planning familial de deux régions différentes du Grand Tunis (la cité Ettadhamen et l’Ariana).
Tous les détails de l’enquête (matériel, méthode, tableaux détaillés des résultats…) sont spécifiés dans le dossier complet téléchargeable au bas de l’article.
 
Nous avons pu montrer que la violence conjugale est un problème fréquent, puisque la prévalence sur la vie dans notre échantillon a été de 33.4
 
Ainsi, les mauvaises conditions socio-économiques, le chômage, les troubles caractériels chez le mari, la proximité avec la belle famille, et les antécédents de violence parentale ont pu être isolés comme facteurs de risque.
 
Les répercussions de la violence conjugale sur la santé de la femme ont pu être mises en évidence.
 
Les femmes violentées se trouvent par ailleurs piégées dans leur rôle de victimes. Leurs démarches pour sortir de la relation violente sont entravées aussi bien par le manque de structures appropriées que par les freins socio-culturels.

 

La violence conjugale est donc un problème fréquent, grave et mal pris en charge dans notre contexte.

Les causes et les réponses à apporter tant en terme de traitement que de prévention se situent à l’interface médico-psycho-socio-judiciaire.
 
Dans cet article, vous trouverez un résumé des résultats de l’étude, pour accéder à tous les chiffres et aux tableaux détaillés, téléchargez le fichier complet disponible en bas de page.
 
 
En bref
Notre étude a permis de relever que le tiers des femmes consultant en première ligne ont subi des violences conjugales au cours de leur vie et une femme sur cinq au cours des 12 derniers mois précédant l’enquête.
 
Dans le rapport mondial sur la santé (Genève 2002), une revue de 48 enquêtes de population réalisées dans le monde trouve qu’entre 10 et 69% des femmes déclarent avoir été agressées physiquement par un partenaire intime de sexe masculin à un moment de leur vie. […]
 
En Tunisie, l’enquête menée par Belhaj dans un dispensaire de la région de la Mannouba trouve une prévalence de 33,8%.
 
 

Facteurs de risque 

Les chercheurs ne s’intéressent que depuis peu aux facteurs individuels et communautaires qui pourraient influer sur le taux de violence exercée par le partenaire. On sait que la violence conjugale existe presque partout, mais sa prévalence peut varier considérablement entre des zones voisines d’un même pays. Ces différences locales sont souvent plus grandes que les différences internationales.
 

Facteurs liés aux femmes victimes de violence conjugale 

Age : L’âge moyen des femmes victimes de violence durant les douze derniers mois précédant l’enquête est de 38 ans. Il n’y a pas de différence significative entre l’âge des femmes victimes de violence conjugale et les autres femmes.

 

Caractéristiques socio-démographiques

Bien que les femmes non scolarisées, les ouvrières, et celles à faible revenu paraissent plus concernées par la violence conjugale que les autres catégories de femmes, les différences ne sont pas significatives dans notre échantillon.
Dans notre présente étude, les antécédents de divorce chez la femme multiplient par 2 le risque de violence conjugale, alors que les antécédents de divorce chez l’homme multiplient ce risque par 1,5.


Antécédents de violence

Alors que les antécédents de violence conjugale parentale chez les femmes sujets de notre étude constituent effectivement un facteur de risque pour la survenue d’une violence conjugale, les violences subies au cours de l’enfance n’en sont pas un. Ce résultat, pourtant cité par plusieurs études, n’a pas pu être vérifié dans notre échantillon, probablement à cause de la subjectivité de réponses des femmes interrogées, l’emploi d’une échelle mesurant les violences subies au cours de l’enfance n’ayant pas été possible.
 

Grossesse

Dans notre échantillon, trois femmes sur cinq (60%) parmi celles victimes de violence conjugale ont déjà été agressées alors qu’elles étaient enceintes. Bien que les travaux occidentaux fassent ressortir des pourcentages moins élevés (30% dans l’enquête de Berrios et 44% dans l’enquête de Brookoff), la grossesse est considérée comme un facteur de risque suffisamment important pour dépister systématiquement une éventuelle situation de violence lors des consultations prénatales. (Eisenstat, 1999)
 

Facteurs liés aux hommes violents 

Caractéristiques socio-démographiques

Tout comme leurs femmes, les maris violents ne sont pas plus jeunes que les maris non violents. Par contre, les différences concernant le niveau d’instruction, la profession et les revenus sont significatifs. En effet, nous avons relevé plus de maris violents chez ceux qui n’ont pas fait d’études, chez les chômeurs et les retraités, et donc ceux qui n’ont pas ou peu de revenus. Les antécédents de divorce sont également un facteur de risque.
 

 

Cet article est proposé par : Rym

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