NOTRE TUNISIE » Un peu d'histoire...

Pour la fête de la jeunesse et la fête de l'indépendance

Publié le 15-03-2008
Pour la fête de la jeunesse et la fête de l'indépendance
Ces lignes sont le fruit d'une petite recherche. Je me suis documenté et aussi des personnes m'ont en beaucoup parlé avec beaucoup de sincérité.

Cette période très particulière. J'espère que beaucoup de personnes peuvent en profiter pour leur documentation ou simplement pour satisfaire une curiosité.


Les deux peuples, le tunisien et le français, se sont connus, mesurés, menacés, frappés et parfois aimés. De ce long dialogue où l’incompréhension se mêlait à la bonne foi, où l’on voulait s’étreindre au moment où l’on s’entre-tuait.

Lorsque Sadok Bey consentit à signer le 12 mai 1881 le traité de Kassar-Saïd (appelé plus communément traité du Bardo), sur la foi des déclarations françaises suivantes : « Nous ne voulons ni le territoire, ni le trône du bey. La République française a répudié solennellement en commençant cette expédition, tout projet d’annexion, toute idée de conquête », la Tunisie se plaçait désormais sous la tutelle directe de la France ; le traité du Bardo conférait à cette dernière un droit d’occupation militaire  temporaire, un contrôle étroit de la souveraineté externe tunisienne par le Gouvernement français qui pouvait ainsi conduire les relations extérieures tunisiennes ; si la France s’engageait à garantir l’existence du trône beylical, la convention de la Marsa signée le 8 juin 1833, lui reconnaissait un droit de regard sur la gestion des affaires intérieures tunisiennes : le Bey était ainsi mis dans l’obligation de procéder aux reformes administratives, judiciaires et financières que le Gouvernement français jugerait utiles pour la Tunisie. Le terme de « protectorat français en Tunisie » avait été utilisé pour décrire la nouvelle situation juridique et politique de ce pays arabo-musulman ; un Résident Général français nommé en Tunisie par le Ministère des Affaires Etrangères, duquel il relevait, était chargé de la marche des affaires tunisiennes ; le rôle du Bey devenait par conséquent un rôle uniquement représentant ; le Bey n’était en effet consulté que pour cautionner toutes les réformes proposées par le Résident Général devant qui il devait se soumettre. Les conditions de la conquête française de la Tunisie vont influer su la naissance et l’évolution du nationalisme tunisien.


Dès les premières années qui avaient suivi l’installation du Protectorat, des idées d’émancipation nationale avaient vaguement germé dans l’esprit de quelques « bourgeois » tunisiens éclairés qui furent sensibles à certains courants réformistes qui secouaient alors le monde musulman. En 1884, à Paris, le Cheikh Abdoh, qui était le promoteur du mouvement de réforme de l’Islam, fondait un société secrète et une revue en arabe « Le lien indissoluble » qui se donnait pour but la libération des pays musulmans occupés. L’essentiel de la professé se ramenait à la nécessité de retrouver la pureté originelle de l’Islam que la société musulmane dégradait depuis treize siècle ; quelques «bourgeois» éclairés de Tunis apprécièrent les paroles du Cheikh Abdoh qui espérait que la puissance de la foi retrouvée rejetterait hors de la communauté musulmane les envahisseurs étrangers. Il se rendit à Tunis en 1885 et exerça une grande influence auprès de la famille beylicale où il recruta quelques adeptes. Comme le Coran ne s’oppose pas à la création d’un Etat moderne de type occidental, le Cheikh Abdoh acceptait l’apport occidental à la condition que l’Islam fût capable de l’assimiler sans perdre de son intégrité propre.


Pour régénérer l’islam en Tunisie, un groupe de Tunisiens se forma à la tête duquel on remarquait deux personnages qui joueront un rôle important dans le mouvement national tunisien : Béchir Sfar et Ali Bach Hamba ; ce groupe s’appela le Mouvement « bourgeois » de Tunis et s’était proposé, outre la rénovation de l’Islam en Tunisie, de limiter le développement de l’influence française. On pouvait déjà distinguer à l’intérieur de ce groupe deux tendances : l’une d’elles était favorable aux idées occidentales tandis que l’autre était franchement panislamiste. Ce Mouvement « bourgeois » de Tunis comprenait une quarantaine de membres qui n’avaient pas encore une grande audience. La population ne connaissait


Par l’existence de ce mouvement dont le rayonnement se limitait d’ailleurs à la capitale tunisienne. Le seul mérite qu’on pouvait attribuer à ce mouvement résidait dans  le fait qu’il avait voulu donner une forme concrète à un mécontentement réel mais pas encore nettement exprimé ; il pouvait servir, dans une certaine mesure, de catalyseur d’aspirations confuses. L’université religieuse de la Grande Mosquée soutenait ce mouvement dans la mesure où il prenait en main la défense de l’Islam ; au lendemain de l’installation du Protectorat, elle avait adopté une attitude de dédain hautain et s’était borné uniquement à prêcher un enseignement religieux destiné à améliorer la foi des fidèles grâce à laquelle l’infidèle serait chassé de Tunisie. Elle était franchement hostile à tout apport de l’occident et n’envisageait pas de se réformer pour s’adapter à des situations nouvelles. Les professeurs de cette université étaient des notables et des lettrés qui s’obstinaient à perpétuer un enseignement des plus traditionnels ; ils étaient hostiles à toute idée de réforme qui ne pouvait être inspirée que par quelques mauvaises intentions occidentales. Ce conservatisme fut considéré par le Mouvement «bourgeois » de Tunis, comme un frein au développement moderniste de la Tunisie qui venait prendre conscience de la distance qui la séparait de l’Occident industriel. Alors que ce groupe d’intellectuels tunisiens tentaient de s’organiser pour lutter contre l’influence toujours croissante de la France, le lent bouleversement des structures traditionnelles de la société tunisienne entraînait des modifications dans le train de vie mené jusqu’alors par les habitants ; toutes les catégories sociales tunisiennes voyaient leur niveau de vie habituel baisser sensiblement à cause de la politique coloniale de la France qui visait à adapter la Tunisie aux besoins du capitalisme français. Cette mainmise impérialiste étrangère aggravait la situation sociale des Tunisiens qui prenaient de plus de en plus clairement conscience de leur situation de dépendance.


A la veille du Protectorat, le mode d’exploitation corporatif de l’industrie  tunisienne ne pouvait survivre que grâce au luxe de la cour beylicale qui entretenait un artisanat employant un certain nombre de maçons, de menuisiers , de peintres, de céramistes, de sculpteurs, d’ouvriers d’art appelés « nakachs ». En effet, pour conserver les faveurs beylicales, les courtisans tenaient à s’installer dans les résidences proches du lieu d’habitation royale ; ils faisaient donc entreprendre des travaux de construction dans les environs du Bardo, de la Marsa, de la Mohammédia, auxquels ils employaient ces ouvriers spécialisés. Mais la cour ne pouvait  continuer à faire vivre tous ces gens car les dépenses beylicales contrôlées par le Protectorat, étaient limitées au maximum. Les autorités du Protectorat préféraient évidemment employer cette partie du budget tunisien à l’équipement routier, ferroviaire et portuaire de la Tunisie. En effet, des moyens de communication modernes permettaient de faciliter les échanges commerciaux et d’accélérer par là-même la productivité. Les mouvements courants d’échanges commerciaux mis en place mettaient en difficulté de nombreux fabricants et commerçants tunisiens qui n’arrivaient plus à faire écouler toutes leurs marchandises ; le commerce tunisien qui connaissait la concurrence européenne bien avant l’intervention française, permettait cependant à de nombreuses corporations ouvrières de produire sur un rythme artisanal répondant aux besoins de la demande intérieure et extérieure. Chaque corporation de métier avait son quartier de travail et de vente dans les souks de la ville. Les industries des chéchias, de babouches, du tissage de la soie, employaient de nombreux patron et il lui arrivait souvent de pouvoir se mettre un jour à son propre compte. La production industrielle européenne allait écraser par sa puissance le travail artisanal tunisien qui demandait beaucoup de temps de fabrication pour un rendement assez faible.


La crise de l’artisanat tunisien devant la concurrenc européenne obligea certains patrons à licencier leurs ouvriers qu’ils ne pouvaient plus payer et héberger. Ces ouvriers-artisans trouvaient difficilement à s’employer surtout s’ils ne faisaient plus parties d’une corporation ; les patrons-artisans essayaient de survivre dans le cadre d’une économie traditionnelle remise en question par la concurrence étrangère. En outre, certains emploies passaient aux mains des Européens qui étaient mieux au courant des nouvelles techniques d’exploitation ; la politique du peuplement menée par les autorités du Protectorat permettait aux travailleurs européens de s’employer dans l’industrie du bâtiment, dans la forge, dans la menuiserie, moyennant un salaire supérieur à celui de l’ouvrier tunisien. Une jalousie raciale s’ajoutait au mécontentement provoqué par l’occupation française. Non seulement les Européens intervenaient dans les affaires intérieures tunisiennes mais ils occupaient également certains emplois auxquels les tunisiens ne pouvaient pas avoir accès. Quand aux ouvriers agricoles tunisiens, ils avaient tendance à ne pas pouvoir travailler dans les fermes européennes car les colons, les exploitaient honteusement et leur faisaient ressentir leur situation de dépendance à l’égard de tout ce qui était européen. Le mouvement intellectuel des bourgeois de Tunis, même si son influence était très limitée, était une réponse concrète à une situation de dépendance vécue par la population tunisienne ; il était destiné également à alerter l’opinion publique tunisienne sur la mort imminente d’une certaine forme de société. Le système de valeurs traditionnelles était remis en question car l’infrastructure économique et sociale de la société « féodale » tunisienne était en train de se renouveler : elle faisait place a une nouvelle organisation qui s’inspirait du modernisme européen.

 

Cet article est proposé par : Sonia CHENITI

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